Juliette Pavy : d’ingénieure en biologie à photographe indépendante. Ou la reconversion à 25 ans.

Il ne faut pas hésiter à se lancer. Commencer à pratiquer sa passion. Et puis, au fur et à mesure, c’est la passion qui va prendre le pas sur le travail qu’on avait avant.

Interview

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Juliette, j’ai 25 ans. Je suis photographe, photojournaliste. J’ai fait une école d’ingénieure en biologie avant d’être photographe. Donc une reconversion professionnelle ! En ce moment je suis à côté de Paris, mais je passe beaucoup de temps en Bretagne aussi, à Vannes, où j’ai grandi jusqu’à mes 18 ans. J’alterne entre les deux.

Comment on fait une reconversion à 25 ans ?

Une reconversion sans vraiment avoir beaucoup travaillé avant ! Je fais de la photo depuis longtemps, comme un loisir. Depuis que j’ai 12 ans, j’ai un appareil photo avec moi un peu partout. Donc ce n’est pas arrivé d’un coup : c’est quelque chose que j’avais en moi depuis pas mal d’années.

Au moment de passer mon bac et de choisir une école, pour moi, ce n’était pas réalisable d’être photographe. C’était compliqué, surtout financièrement et pour avoir une sécurité. J’aimais bien la biologie aussi, donc je me suis tournée vers une école d’ingénieure. C’était sympa, ça m’a beaucoup plu, j’ai appris plein de choses. Mais je n’avais plus beaucoup de temps pour faire de la photo. J’ai passé ma 3ème année d’école au Canada. Là j’ai pu voyager beaucoup. J’ai commencé à faire des reportages photo : je suis allée à la rencontre des gens, je notais leurs histoires. Juste pour moi. Comme ça.

En rentrant à Paris, je me suis mise à faire des photos plus d’actualité : manifestations, concerts, politique. J’ai constitué un petit portefolio et je suis rentrée dans une agence, Hans Lucas, en parallèle de mes études. Mon profil, c’était un peu ce qu’ils cherchaient : avoir des jeunes qui se lançaient dans la photo pour les diffuser. Et ça m’a permis de vendre mes premières photos à la presse, d’avoir mes premières publications. C’était aussi un premier contact avec le milieu. J’ai appris comme ça, sur le tas, les rudiments du métier de photojournaliste.

Mais c’était encore du ‘loisir’. L’appareil photo, à ce moment-là, c’était vraiment l’occasion d’aller un peu partout. Une excuse pour être là : au premier rang dans les concerts, aller voir 2 ou 3 meetings politiques, faire des manifestations comme Charlie Hebdo – qui sont des moments assez forts et historiques.

Et quel a été le déclic pour te dire : « La photo, je veux en faire mon métier » ?

Le moment où je suis passée en mode professionnel, c’est quand j’ai travaillé quelques mois comme ingénieure en agroalimentaire. Vraiment, rester derrière un bureau, c’était pas trop mon truc. Je n’avais pas assez de temps pour faire de la photo. Et c’est vraiment là où je me suis dit :

Ok, je vais essayer d’en faire mon métier. Peut-être que c’est possible ! Peut-être que ça peut marcher.

Je n’avais pas grand chose à perdre. Au pire, j’avais mon diplôme d’ingénieure. En dernière année d’école d’ingé, l’agence Hans Lucas, ça commençait à vraiment bien marcher. Je vendais quelques photos à la presse. Et j’avais fait des expositions en parallèle, avec de bons retours. C’était encourageant.

Du coup, j’ai fait l’Ecole des Métiers de l’Information (EMI), ouverte à tout le monde. C’est une formation de 7 mois en photojournalisme. Ça m’a permis de rencontrer beaucoup de personnes du milieu, des iconographes. De comprendre comment ça marchait, à la fois en termes de photo mais aussi en termes plutôt administratif : quel statut avoir concrètement ? Comment on fait pour être photographe ?

Aujourd’hui, tu en vis ?

Oui. J’ai un statut d’artiste-auteure. J’ai plusieurs casquettes : je travaille sur des commandes pour la presse, je fais des expositions où je vends des tirages, je fais du ‘corporate’ c’est-à-dire des photos pour des entreprises ou collectivités, je fais aussi du drone (j’ai passé mon permis récemment). J’aime bien faire beaucoup de choses différentes. Et c’est nécessaire aussi, parce que c’est compliqué de vivre de la presse ou de faire des projets personnels sur 6 mois ou plusieurs années sans avoir d’autres revenus à côté.

Il y a des mois où on peut être un peu inquiet. Notamment mon premier mois d’août, où je me suis dit : ‘C’est la cata, plus personne ne m’appelle’. Et en fait, non, c’est juste que les gens sont en vacances, c’est normal. C’est assez irrégulier. Il faut s’y faire.

Qu’est-ce qui te plaît dans le fait d’être indépendante ?

Enormément de choses. Moi, ce que j’adore, c’est surtout le fait de pouvoir gérer mon emploi du temps et m’organiser comme j’en ai envie. C’est bien de pouvoir se dire qu’on peut prendre son week-end en plein milieu de la semaine et profiter qu’il n’y ait personne pour aller voir des expositions.

Pareil, le fait de pas avoir de chef. Je trouve ça très bien de pouvoir gérer mon activité comme j’en ai envie. A la fois faire ma communication, ma comptabilité. L’avantage, c’est qu’on fait des tâches très variées, parce qu’on doit tout faire !

Est-ce que tu as été accompagnée ? Parce que tu es photojournaliste mais aussi cheffe d’entreprise !

Il y a quelques restes de l’école d’ingénieure. J’avais eu des cours de compta, de communication. Et puis sinon, ça se fait aussi au fur et à mesure, avec l’expérience : on essaye, on y va, on tâtonne. Si ça marche on continue, si ça ne marche pas on essaye autrement. C’est empirique, en fait.

Et puis il y a les autres photographes. On essaye d’être solidaires entre nous, parce qu’on sait que c’est un métier qui n’est pas forcément évident. Dans ma nouvelle agence de diffusion, Divergences, on a un forum, des outils de communication pour échanger sur des sujets ou des problématiques. Je peux compter sur cette communauté-là.

Et aussi sur le réseau de mes collègues de l’Ecole des Métiers de l’Information. On a co-créé un collectif, Hors format. A l’époque on était 6, aujourd’hui on est 8. C’est un truc super important dans notre profession, parce qu’on est souvent amené à être seul, sur le terrain ou devant son ordinateur. Le fait d’avoir un collectif permet de s’entraider, d’avoir des regards extérieurs, de mener des projets qu’on ne mènerait pas forcément individuellement. Par exemple, on a lancé un projet d’éducation à l’image avec un collège. On fait 40 heures avec une classe de 4ème. Le fait d’être 8, c’est plus facile et plus sympa pour tout le monde !

Tes conseils à celles qui ont une passion qui n’est pas encore leur métier, pour sauter le pas ?

  1. Ne pas hésiter à se lancer. Commencer à pratiquer sa passion. Et puis, au fur et à mesure, c’est la passion qui va prendre le pas sur le travail qu’on avait avant.
  2. Le faire progressivement. En parallèle d’un autre métier.
  3. Accepter que l’aspect financier ne prime pas. On ne choisit pas une passion pour gagner beaucoup d’argent. J’essaye d’avoir ce qu’il me faut pour vivre et ça me va. Du moment que j’arrive à en vivre, je suis hyper contente !

A propos de l’auteur

Pauline Kertudo, coach certifiée & sociologue praticienne au service des femmes et des projets d’innovation sociale.

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