Charlotte Simon, créatrice de La Locale, épicerie-restauration de quartier

La Locale, épicerie de quartier à Lorient

Quitte à me lever le matin et m’investir, autant le faire pour moi. Au moins, je sais pourquoi je me lève et ça me motive.

Interview

Bonjour Charlotte. Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis originaire du centre Bretagne, j’ai 37 ans.

J’ai fait mon lycée à Lorient. Je suis partie à Rennes puis j’ai fini mes études à Paris. Finalement, je suis restée 13 ans là-bas. J’ai fait de l’évènementiel institutionnel pendant 7 ans. C’est un public assez particulier. Mais c’était bien, j’ai beaucoup voyagé.

Après 7 ans d’open space, d’emails de clients, d’Outlook, j’ai un peu saturé. J’ai alors décidé d’arrêter pour faire de la restauration. J’en avais fait pendant mes étés d’études. J’ai fait ça pendant 4 ans, jusqu’à l’année dernière : en salle, puis responsable dans 2 endroits différents à Paris.

L’année dernière, je suis venue me confiner en Bretagne, j’ai eu envie de rester. Je suis revenue il y a 13 mois. Lorient est une ville qui a bien évolué : visuellement, au niveau des évènements, des infrastructures… Je m’y sens bien. J’y ai ouvert une épicerie de quartier, La Locale. Je propose du salé, du sucré, du frais, des bocaux, des boissons, des produits de la vie courante et des idées/coffrets cadeaux. On peut aussi manger sur place. Ce concept d’épicerie avec des tables n’existait pas à Lorient.

Dans ton parcours, à quel moment t’est venue l’envie d’entreprendre ?

Ça fait quelques années déjà que j’avais envie de bosser pour moi. J’ai eu des idées de resto à Paris avec un ancien collègue, puis de maison d’hôtes en Bretagne avec une copine. Et puis, l’année dernière, quand j’ai décidé de rentrer et de me lancer seule, j’ai dû réfléchir à un projet plus adapté. J’avais envie de rester dans la restauration. Et moi-même, en tant que cliente, je consomme en circuit court. D’où l’idée d’épicerie de produits bretons, avec des producteurs locaux.

Quel a été ton déclic ?

Il n’y a pas eu de déclic particulier. Mais, au fil des années, je me suis sentie de plus en plus capable de monter mon truc.

Je me suis dit : ‘Quitte à me lever le matin et m’investir, autant le faire pour moi’.

Au moins, je sais pourquoi je me lève et ça motive. 

Qu’est-ce qui t’a permis de te lancer ?

Il fallait monter un petit plan de prêt pour la banque. Quand on est demandeuse d’emploi et femme entrepreneuse, ce qui est assez génial, c’est qu’on peut facilement se faire garantir un prêt. France Active (https://www.franceactive.org/) – une banque publique d’investissement – m’a garanti une bonne partie du prêt. Je suis passée devant un jury de 4 personnes, en visio. C’est un dispositif pour engager les femmes à entreprendre et qui permet de se lancer plus sereinement.

La Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) m’a beaucoup aidée aussi. Ça s’appelle le PASS création. C’est un accompagnement qui dure 2 ans. Ils gardent un œil sur toi. Si tu as des questions, tu les appelles. Ma conseillère m’a aidée à monter mon dossier pour le Pass Commerce et Artisanat, une subvention nette d’impôt. Un pourcentage de tout ce qui est éligible (en travaux et achats) t’est rétrocédé, sur facture : étagères neuves, sol neuf, communication, site Internet… C’est une bonne base pour démarrer. Et j’ai fait aussi des ateliers gratuits de la CCI ‘Création et reprise d’entreprise’.

Enfin, avant même d’ouvrir, j’ai adhéré à une association de commerçants. Ils sont, pour beaucoup, très bienveillants avec moi. Et ça permet de trouver du soutien quand on en a besoin.

Quelles sont les difficultés que tu as rencontrées dans la création de ton projet ?

Le plus difficile dans la phase de création du projet, ça a été les démarches administratives et financières. C’est hyper fastidieux et ça demande beaucoup de rigueur : demande d’autorisation de travaux, d’autorisation de terrasse, pour poser le store, demande de licence, démarches auprès de la mairie, prévisionnel comptable… J’ai essayé de me faire accompagner au mieux. Mais ça a parfois été compliqué de ne pas perdre le fil ! 

Et aujourd’hui, où en es-tu de ton projet ?

Après 7 mois d’ouverture, c’est assez difficile à dire. Mais le concept est bien accueilli dans le quartier, par les riverains et les commerçants.

L’essentiel est de rester en veille permanente pour de nouvelles choses à proposer et trouver de nouveaux débouchés.

Je vois la suite avec un maximum de partenaires extérieurs susceptibles d’avoir des besoins de ce genre de produits en circuit court et ayant le souhait de promouvoir les producteurs locaux.  

3 conseils à celles qui ont envie de se lancer ?

  1. La rigueur dans les procédures et l’organisation. Je n’ai jamais autant utilisé de rappels de téléphone portable que les 6 mois avant l’ouverture. Avec l’évènementiel et les rétroplannings, j’étais bien rodée.
  2. Se faire aider un maximum et aller taper à toutes les portes, là où c’est possible : les ateliers gratuits de la CCI, la mairie… Les petits articles gratuits dans Ouest France et Le Télégramme aussi ! Quand tu ouvres un commerce, tu appelles et tu as le droit à ton petit encart avec une photo.
  3. Un truc que je n’ai pas fait et qui aurait pu être une bonne chose je pense : aller rencontrer des gens qui font déjà ce métier-là et leur poser des questions concrètes sur le métier en lui-même.

Pour finir, as-tu un bon plan à partager ?

Être suivie dans le cadre d’un prêt. Quand j’ai passé ce jury, je n’imaginais pas à quel point ça allait peser dans la balance. France Active, ça fait partie de Bpifrance. Je trouve ça vachement bien et il y a encore un an je ne savais pas que ça existait. C’est un super plan !

18 rue de Pontcarré 56100 LORIENT

A propos de l’auteur

Pauline Kertudo, coach certifiée & sociologue praticienne au service des femmes et des projets d’innovation sociale.

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