Ismérie, coiffeuse passionnée des cheveux et des gens. Le partage des idées comme ADN.

Ismérie

En France, les gens te disent toujours : ‘Ne parle pas, on va te voler ton idée !’. Je ne suis pas d’accord. Faut parler tout le temps, à tout le monde. Si on critique tes idées, ce n’est pas toi qu’on critique.

Passionnée, fonceuse, créative, Ismérie monte Atelier Ismérie il y a 9 ans. Un salon de coiffure à Paris qui sort du lot. Son concept ? Accueillir ses client(e)s dans un appartement caché et convivial, « comme chez eux« . Les écouter, papoter autour d’un café. Les accepter comme ils sont sans vouloir leur imposer une tendance.
Ismérie a à cœur de respecter la nature des cheveux comme celle des gens. Pour elle, tout se joue dans l’humain. C’est d’ailleurs grâce à l’échange permanent avec ses client(e)s, ses ami(e)s, sa famille qu’elle teste et affine ses idées. Une « maxi étude de marché » au quotidien qui nourrit sa créativité et booste ses projets. Elle tire sa force de ses rencontres : les bonnes mais surtout les mauvaises, qui l’obligent à se positionner et rebondir. Pour se dépasser.
Depuis le début de son parcours entrepreneurial, elle a misé sur le coaching pour mieux se connaître et progresser. Grâce à cet accompagnement, elle a pu améliorer la communication avec son staff et apprendre à accepter son statut de boss.

Interview

Plus jeune, tu as en tête qu’il faut absolument te détacher de tes parents, coiffeurs ayant monté leur propre salon. Et finalement, à 20 ans, tu passes le CAP coiffure en candidat libre. Qu’est-ce qu’il se passe pour toi à ce moment-là ?

Je faisais des études (psycho puis communication). Je n’aimais pas ce que je faisais, mais ça faisait bien. Avec Bac+3, je disais : ‘No way, je vais sûrement pas faire coiffeuse !’. Puis j’ai rencontré ce garçon, un coiffeur avec qui je suis restée 5 ans. Le soir en l’attendant au salon, je commençais à couper les cheveux pour m’amuser, je coiffais des potes. Il m’a dit : ‘Quand tu prends une paire de ciseaux et un peigne dans les mains, tu as un gestuel, c’est inné. On voit que tu as baigné dedans’. Il m’a beaucoup poussée. Et j’aimais tellement pas ce que je faisais que j’ai essayé.

Je me suis inscrite au CAP. Un carnage ! A 21 ans, je me suis retrouvée avec des gamines de 16. Tous les clichés de la coiffure. Des nanas pas passionnées qu’on a mises là comme branche de secours. Elles s’en tapent. Des profs pas intéressants. J’arrête au bout d’un mois et je le passe en candidat libre. Je m’en rappellerai toujours : je brûle la joue de ma grand-mère, qui est mon modèle. La pauvre ! Par rapport à quelqu’un qui va à l’école et est en salon tout le temps, je n’ai pas beaucoup pratiqué. J’ai quand même la moyenne, ils sont pas chiens !

J’enchaîne directement avec le Brevet Professionnel. Une journée par semaine à l’école, le reste du temps dans le salon que tu choisis. Je vais chez Toni&Guy : les mecs tous plus lookés les uns que les autres, une ambiance de malade, les clientes sont des bombasses. Je suis hyper impressionnée mais je veux que ce soit là. Ils m’embauchent. Je me retrouve comme un poisson dans l’eau. Là, les gens sont tous piqués de coiffure. C’est vraiment la passion. Depuis ce jour-là, pas une seule journée de ma vie j’ai eu l’impression d’aller au boulot. Je passe ensuite dans un autre Toni&Guy où le boss me donne ma chance et me fait passer de la petite coiffeuse à une machine de guerre. Je dis oui à tout. Même quand j’ai la boule au ventre, même quand j’ai peur, je fais tout. Une des époques préférées de ma vie.

Pourtant, tu ne restes pas salariée. Qu’est-ce qui te donne envie de monter ton propre salon ?

Je quitte tout à Paris et pars à Londres pour apprendre l’anglais. Je découvre autre chose : une toute petite équipe, plus intimiste, une coiffure différente, pas dans la performance mais dans le relationnel avec les clients. Ça me plaît pas mal.

Quand je rentre, ce n’est plus le Toni&Guy de l’époque : travail à la chaîne, pignon sur rue… Tu es interrompue avec ta cliente pour plein de raisons. Du business mais plus de lien.

Comme je ne gagnais pas ma vie à Londres, je rentrais tous les 15 jours en France faire du domicile. Le domicile c’est génial mais tu perds trop de temps à droite à gauche. Et ça n’est pas pro : tu n’as pas la lumière ni l’équipement. Tu bosses moins bien. Cette expérience déclenche chez moi la vision d’ouvrir un salon, me mettre à mon compte et avoir un local. Je me dis à ce moment-là : ‘Je veux que les gens viennent chez moi. Pas dans un salon de coiffure, mais dans un appartement où tu arrives et tu te sers dans le frigo. On est à la maison. On se prend un petit café et je coupe les cheveux. On papote ».

Comment tu te lances alors ?

Je m’associe avec un gars dans mes contacts qui me propose de sous-louer une partie de son espace, à Sentier. Il adore mon idée. J’ai pas un pesos. Je fais un KissKissBankBank pour soulever des fonds. Je pars la fleur au fusil. Je fonce, je calcule rien. Je ne regarde pas combien ça me coûte ni combien je dois rentrer d’argent : pas de business plan ni de plan de communication. Je ne réfléchis pas à la date d’ouverture. Je fais les travaux et j’ouvre au début d’été, quand tout le monde part en vacances. Il y a personne.

A l’époque, je ne veux pas de magazines, de visibilité. Je ne veux pas être connue. Je veux être dans mon petit coin avec mes clientes, me marrer, que ce soit léger. Après, bon, les premières factures commencent à tomber. Et tu vois que c’est chaud, ça rentre pas. Une pote me dit de contacter une bloggeuse, Deedee (http://www.deedeeparis.com/blog/). Je n’ai jamais vu un blog de ma vie, je suis pas sur Insta, j’y connais rien. J’appelle la nana sans arrière-pensée ni savoir qui c’est. Elle s’en rend compte et ça lui plaît grave ! Je la coiffe en contrepartie d’un article. Et là, ça a été fulgurant. Ça a fait venir d’autres bloggeuses. Et la mayonnaise prend et on bosse comme des malades : des évènements, des soirées, etc.

En parallèle, ça se passe très mal avec mon associé. Et je n’ai pas fait les choses comme il faut au départ. J’étais tellement heureuse d’ouvrir que je n’ai pas fait de papiers ni de contrat. Mon associé est beaucoup plus âgé que moi, coutumier du fait, il ne fait rien pour notre société. Et il me fout dehors.

Tu dis aimer prendre des tartes parce que tu apprends plus quand ça ne marche pas. Ça t’oblige à te positionner. Comment cet épisode t’a fait rebondir ?

J’ai une super clientèle. Un jour, la pression commence tellement à monter… je sens que je vais perdre mon truc, je fonds en larmes devant un client. Il est avocat. Et lui me sort du pétrin gratuitement. Il me drive. Il y a eu 8/10 mois de combat très durs. Je viens bosser sous Xanax. Je suis à deux doigts de tout lâcher.

Impossible de trouver un autre local, je ne m’en sors pas. Quand tu as une boîte qui a un an, il y a aucun mec qui veut te louer quelque chose. Et là, une cliente qui bosse dans la banque me dit : ‘Achète. J’ai un super banquier. Va le voir’. Je trouve sur Se Loger un truc en construction à Oberkampf. Il y a une terrasse. Mon père me conseille de ne surtout pas faire ça. Evidemment, je le fais. Je me dis : ‘Ok, s’il y a une terrasse à Paris, je le prends !’.

Pour moi, tout est dans l’échange, les contacts, l’humain. Je me suis hyper bien entendue avec le promoteur immobilier, on a rigolé. On était 15 000 sur le coup et il m’a gardée moi. Coup de pot ! Et là, l’aventure repart. Depuis, à chaque fois, j’achète. Mais si ce premier associé ne m’avait pas foutue dehors, je n’aurais jamais pensé acheter les murs. Les accidents de la vie font ton parcours.

A chaque fois que tu achètes un salon, tu te dis que c’est la dernière fois. Et puis tu recommences ? Ici, à Goncourt, c’est ton 3ème salon….

Quand c’est bien et stable, j’adore. Mais je m’ennuie très rapidement. J’ai envie de plus, de refaire des travaux, d’un nouveau lieu. Donc je repars sur un nouveau projet.

J’ai ça en moi : trouver l’identité d’un salon, faire la déco, mettre l’atmosphère, faire un photomaton, des soirées… Je n’ai pas peur. Je sais où je suis, je sais qui je suis, je sais comment je dois faire. Je sais créer un business toute seule. J’ai une vision de ce que j’aimerais et de ce que je n’aimerais pas.

Tu dis que tu n’en serais pas là sans le coaching. En quoi le coaching te permet de gérer ton entreprise et d’avancer ?

J’ai beaucoup de mal à me voir en boss. J’assumais pas trop ce rôle, ça m’a toujours mis mal à l’aise. Je ne me sentais pas légitime. Donc je n’avais pas trop cette sensation de cheffe d’entreprise, au sens de cheffe d’une équipe. Je voulais travailler avec des potes, sans besoin de faire du management.

Et puis il y a eu le Covid. Il faut serrer les comptes et regarder la compta, l’équipe se renouvelle parce que certains veulent de l’indépendance. Je dois embaucher des gens que je ne connais pas. Ils ne me racontent plus leurs histoires un peu intimes à la pause déj’. Je me retrouve propulsée malgré moi à être la boss. Il faut que j’accepte. Mais c’est dur.

Le coaching, ça m’a vraiment changé la vie. Depuis 8 ans, ça m’aide sur l’humain, le relationnel avec mon staff. Embaucher quelqu’un, se rendre compte si ça va matcher de bosser ensemble, les RH… là-dessus, je n’ai pas de vision. Mon coach m’a confrontée à qui j’étais vraiment. J’avais une perception de moi qui n’était pas du tout la réalité. C’est dur, parce que je me voyais plus cool et empathique que ce que j’étais. Mais il m’a aussi fait travailler à accepter mes qualités. Sans le coaching, le salon n’aurait pas pu continuer ou j’aurais dû travailler toute seule. Je n’aurais pas pu embaucher des gens. Je n’arrivais pas à communiquer.

Avec toi, c’est un jour une idée. Comment les idées viennent ? Et comment tu fais le tri ?

En échangeant avec les client(e)s. Il y a un truc qui clique dans mon cerveau une fois, deux fois, et après j’en parle. A tous mes clients, de tous les milieux. Quand j’ai une idée… ou quand je dois acheter un salon, je montre les photos, je viens faire mon sondage auprès des gens. Même les avis négatifs, tout me construit et me conforte. C’est de l’analyse, de l’observation. En fait, c’est une maxi étude de marché en direct.

Au fond de moi, j’ai une idée déjà bien solide. Et apparemment, c’est énervant parce que parfois je demande des avis et je fais l’inverse. Mais si j’ai l’air sûre de moi sur le coup, je rentre chez moi et ça mouline. Je suis la reine de l’insomnie. Mon idée reste, je la garde, mais je me remets en question. Ce n’est pas renoncer, c’est faire peut-être d’une autre façon. Il ne faut pas être butée et savoir écouter. Mais pas non plus être perturbée et tout changer. Il faut garder son ADN.

Les conseils d’Ismérie à celles qui ont envie de monter leur entreprise 

  1. Ne pas avoir peur de se planter. L’échec, ça apprend. J’ai l’image de mon père qui a coulé je ne sais pas combien de salons ! Il s’est toujours relevé.
  2. Oser se lancer. On est dans un pays où quand tu es salarié(e) et que tu veux te lancer, tu as 2 ans de chômage devant toi. Et plein d’organismes qui existent. Faut tenter l’aventure. Sans avoir peur ni honte de revenir salarié(e) si ça ne marche pas.
  3. Parler. Il y a un truc en France où les gens te disent toujours : ‘Ne parle pas, on va te voler ton idée !’. Je ne suis pas d’accord. Faut parler tout le temps, à tout le monde. Si on critique tes idées, ce n’est pas toi qu’on critique.

Pour se rendre à l’atelier : 3 Rue du Buisson Saint-Louis, 75010 Paris / 06 58 58 39 18

A propos de l’auteur

Pauline Kertudo, coach certifiée & sociologue praticienne au service des femmes et des projets d’innovation sociale.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.