Charlotte Géron, Happy Monday Morning : pour une vie professionnelle zen & efficace

Portrait de Charlotte Géron

Si tu as un seul budget à prévoir quand tu démarres, fais-toi coacher, fais-toi accompagner. Lance-toi dans une démarche pour te faire progresser en tant qu’individu

Interview

Bonjour Charlotte. Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Bonjour, je suis Charlotte Géron. Je vis à Châtellerault. J’ai créé « Happy Monday Morning » en décembre 2016.

J’accompagne des entrepreneur.e.s à créer les conditions de travail qui leur conviennent. Travailler la vision de leur entreprise, leur organisation, mais aussi leur faire prendre conscience de la façon dont ils travaillent, c’est-à-dire de l’aspect qualitatif de ce qu’on appelle la « gestion du temps ». 

Je fais des accompagnements individuels mais aussi des ateliers collectifs. Et je suis formatrice pour des petites structures, en coopération avec d’autres professionnels.

Dans ton parcours, à quel moment t’est venue l’envie d’entreprendre ?

En fait, avant même d’être en reconversion, j’avais déjà, quelque part, bien caché à l’intérieur, un truc qui était là et qui me disait qu’à un moment donné, j’allais créer mon entreprise. Mon projet de reconversion était en gestation depuis plusieurs années.

Je travaillais dans la communication et le marketing pour un commerce parisien, et je ne me reconnaissais pas dans la façon dont on faisait du marketing. Ça me paraissait contre-intuitif et pas du tout en phase avec là où je voulais aller, avec ce que j’avais envie de faire en la matière. Je voulais plus d’humain.

A l’époque, j’aurais voulu monter un projet de blog. Je l’imaginais comme un projet périphérique. Je n’imaginais pas monter mon entreprise, pas encore.

Quel a été ton déclic ?

C’est un projet global de changement : c’était changer de boulot, changer de région. C’était le bon moment dans ma vie, avec mon conjoint. Je n’étais pas pleinement satisfaite de mon travail dans mon entreprise. Et en termes de moyens, on commençait aussi à être limités sur notre projet en région parisienne.

On a choisi de déménager à Châtellerault en 2014. J’ai commencé une formation de 2 ans sur la qualité de vie au travail. A l’issue, les opportunités d’emploi n’étaient pas du tout celles que j’espérais. Et si j’avais écouté le marché du travail, j’aurais fait autre chose que ce pour quoi j’étais formée : du recrutement. Ça ne m’intéressait pas. J’ai cherché du travail pendant 2 mois… Ça n’a pas duré longtemps. C’était hyper déprimant de me retrouver dans cette situation où je n’avais plus aucun pouvoir d’agir. A un moment donné, j’ai arrêté de chercher. Je ne me voyais pas attendre un hypothétique job qui allait me convenir. J’ai simplement accepté que j’étais entrepreneure !

C’est donc venu un peu par accident, un peu par défi personnel, et puis juste par rapport à ma personnalité !

Qu’est-ce qui t’a permis de te lancer ?

La possibilité d’entreprendre a été une révélation quand j’ai rencontré la coopérative ACEASCOP. On est 160 entrepreneurs. Il y a une équipe support de 10 personnes qui s’occupent de la comptabilité, la partie juridique et administrative, notre accompagnement et notre suivi. Avec un aspect de formation à l’entrée : construction d’un business model, charges et impacts sur le modèle économique, marketing… C’est hyper cadrant. Chaque entrepreneur.e a un chargé d’accompagnement référent.

Pour en bénéficier, on verse à la coopérative un pourcentage de notre chiffre d’affaires. Quand on intègre la coopérative, on bénéficie d’un CAPE (Contrat d’Appui au Projet d’Entreprise). On garde son ancien statut, par exemple demandeur d’emploi, mais on est rattaché juridiquement à la coopérative pour être légalement en capacité de facturer. Ça dure 6 à 18 mois. Et si tu as de la trésorerie ensuite, tu peux devenir salarié.e en CDI, avec un contrat d’entrepreneur.e salarié.e associé.e.

Quels sont les principaux obstacles que tu as rencontrés dans la création de ton projet ?

La réponse est limpide pour moi après ces 4 ans et demi d’entrepreneuriat ! Pour autant que je puisse en juger, le principal obstacle, c’est moi, ce que j’ai dans la tête, la façon dont je me suis construite, dont j’ai été éduquée…. Entreprendre, ça nécessite de remettre sur la table son fonctionnement, sa personnalité.

Moi, j’ai créé mon entreprise alors que ma fille était toute jeune. Et je me suis vue avoir du mal à accepter des opportunités, des rendez-vous, du réseautage… C’était ma propre vision de la parentalité, de la maman que je voulais être, de ma place… qui devenait un frein. Il y a des choses que je ne m’autorisais pas à faire (assister à des évènements, des séminaires), parce que ça avait lieu hors temps de travail et qu’à l’époque, dans ma vision des choses, le temps de week-end et les soirs, c’était à la maison.

C’est comme ça que je vis le fonctionnement de l’entrepreneuriat. Tu n’es plus que face à toi-même et à ton propre fonctionnement. Tu ne peux plus dire que c’est l’entreprise qui déconne, tes collègues, ton patron… : là, il n’y a plus que toi ! Si tu veux faire avancer le problème, il faut te faire avancer toi. Te regarder en face et voir ce qui te freine. Il n’y a pas un écosystème parfait qui serait un jour propice à développer ton activité. C’est ce que j’ai appris de plus important dans l’entrepreneuriat : j’ai un rôle à jouer dans ma motivation. Ce n’est pas ton manager, quelqu’un d’autre, c’est toi. Et c’est tout le secret que je transmets aujourd’hui dans mes accompagnements. 

Et alors, comment tu as travaillé sur toi ?

J’utilise la technique du journal créatif. Pour faire simple, elle s’inspire notamment de l’art thérapie : utiliser l’écriture, le dessin et le collage comme support à la réflexion, la connaissance de soi et l’introspection de façon globale. J’essaye de le pratiquer tous les jours, car quand je ne le fais pas quelques jours, mon système intérieur s’emballe. Ça m’aide sur ma capacité à rester zen, sur la prise de recul par rapport à ce que je fais. Et aussi par rapport à ce qui m’irrite au quotidien, les cailloux que tu as dans ta chaussure.

Je me suis inscrite dans un cycle de co-développement lancé par ma meilleure amie. Il y a une implication auprès du groupe et dans la durée. Parfois, tu es là pour toi, mais la plupart du temps, tu es tourné vers l’autre. C’est une richesse incroyable : recevoir le regard de mes collègues de co-développement sur ma problématique, voir à quel point ils ont contribué à la faire aboutir et m’emmener loin dans mes questionnements.

J’ai eu l’occasion de faire appel à un coach pour un travail sur ma légitimité. Avec une demande spécifique : j’avais envie de monter des ateliers, des petites conférences. Et j’avais du mal à me lancer dans l’action. Je n’arrivais pas à le faire. Je ne savais pas par où m’y prendre et j’étais toute jeune dans l’entrepreneuriat. J’avais le sentiment que je n’étais pas légitime. J’aurais été capable de traiter ça toute seule. Mais en fait, la vraie question c’est : combien de temps tu peux prendre à progresser toute seule ? Il y a des moments où tu n’as pas le temps, il faut aller plus vite. Et plus vite, c’est en demandant de l’aide. Le coach a eu des mots et des outils, ça a eu une valeur incroyable. A l’époque, je ne demandais pas de l’aide facilement. Quand tu vois le temps que ça te fait gagner, tu te demandes pourquoi tu es restée toute seule à te débrouiller dans ton coin !

Après il y a eu aussi les suivis plus personnels (hypnothérapie, fleurs de Bach…) : tout ce qui t’aide à avancer en tant qu’individu t’aide à avancer en tant qu’entrepreneur.e.

Et aujourd’hui, ton entreprise marche ?

Je vis de mon activité avec un salaire modeste parce que mes conditions personnelles me le permettent. Je ne suis pas encore à mon salaire cible. Ni à mon salaire idéal.

Jusqu’à présent, j’ai la chance d’avoir travaillé uniquement avec le bouche-à-oreille, ce qui est très confortable. Il faut désormais que je sorte de ma zone de confort pour atteindre de nouveaux clients. J’y travaille depuis quelques mois.

3 conseils à celles qui ont envie de se lancer ?

Alors, j’aurais 3 conseils :

  1. Avoir une vision claire de ton projet et de ce que tu veux : quand ta vision n’est pas claire, tu t’épuises à faire plein de choses différentes qui ne sont pas forcément connectées.
  2. Réseauter sans chercher à être quelqu’un d’autre. Ce n’est pas plus compliqué que d’aller quelque part, dire qui on est et ce qu’on fait, s’intéresser aux autres et à ce qu’ils font.
  3. L’essentiel, c’est toi : en tant que créateur.trice d’entreprise, tu n’as besoin de rien d’autre que ce que tu es. Mais pour cela, il faut avoir une connaissance très fine de toi : où sont tes forces et tes failles. Pas besoin dans un premier temps de savoir utiliser LinkedIn, de faire un tunnel des ventes, d’avoir une super carte de visite ! Quand on démarre, on a tendance à se former pour se rassurer, on croit qu’on acquière de la compétence. Mais la première chose à faire, c’est se faire accompagner. C’est primordial pour mieux se connaître. Donc je dirais : ‘Ne dépense pas l’argent pour faire ton logo, ton site Internet, tes cartes de visite. Si tu as un seul budget à prévoir quand tu démarres, fais-toi coacher, fais-toi accompagner. Lance-toi dans une démarche pour te faire progresser en tant qu’individu’.

Pour finir, as-tu un bon plan à partager ?

Le livre « Le bonheur est dans le réseau », de Jean-Christian Rivet : c’est un bouquin sur le réseautage qui m’a beaucoup aidée, dans différents aspects de mon entreprise et de ma posture.

A propos de l’auteur

Pauline Kertudo, coach certifiée & sociologue praticienne au service des femmes et des projets d’innovation sociale.

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